
Publié le 20 février 2012 | Par Paul Boisvert
Comme je le disais dans le premier billet consacré à ce sujet, les études scientifiques des dernières années nous permettent d’identifier plusieurs facteurs de nature alimentaire qui nous incitent à surconsommer des aliments au-delà de nos besoins énergétiques réels. Lorsque répétés, ces habitudes, qu’on en ait une ou plusieurs, peuvent mener facilement à un gain de poids de l’ordre de une à plusieurs livres par mois sans que l’on en soit conscient.
Pour ce deuxième billet, voici quelques déterminants nutritionnels de type comportemental qui sont associés à l’embonpoint: sauter le déjeuner, manger devant la télévision, grignoter entre les repas, manger de la malbouffe dans les chaînes de restauration rapide ou à l’aréna plus d’une fois par semaine.
Sauter le déjeuner 1
De nombreuses études ont observé une tendance surprenante: les enfants et les adolescents qui sautent le premier repas de la journée ont un indice de masse corporelle plus élevé et jusqu’à deux fois plus de risques de présenter un surplus de poids que ceux qui déjeunent chaque matin. Au Québec, 11% des enfants de 9 à 12 ans et 36% des adolescents disent sauter le déjeuner au moins une fois par semaine. Cette association n’est pas encore bien expliquée mais elle est sans équivoque. Plusieurs hypothèses sont avancées:
• Le déjeuner est un marqueur de la qualité nutritionnelle de la journée en fournissant une valeur nutritive élevée si des aliments santé tels que lait, fruits, céréales, pain de blé entier et œufs sont consommés.
• Bien manger le matin pourrait éviter de surcompenser en grignotage d’aliments riches en matières grasses et en sucres en matinée et par des lunchs copieux à l’heure du dîner.
• Prendre un déjeuner calme la faim jusqu’au dîner. Moins affamé au repas suivant, l’organisme pourrait être moins tenté d’emmagasiner davantage pour prévenir la prochaine période de restriction.
• L’omission du déjeuner est souvent liée à des régimes restrictifs qui mettent l’organisme sur un mode d’économie d’énergie et de mise en réserve facilitée dans le tissu adipeux.
• Il semble que les enfants et les adolescents qui sautent le déjeuner soient également moins actifs physiquement.
Manger devant la télévision 2 3
La prévalence de l’obésité et de l’embonpoint augmente proportionnellement avec le nombre d’heures passées devant la télévision chaque jour. La diminution de l’activité physique n’est pas seule en cause. Regarder la télévision ainsi que les nombreuses publicités qui y sont montrées plusieurs heures par jour a aussi un important effet sur les comportements alimentaires. Grignoter en regardant la télévision mène à une surconsommation. En effet, on constate que chaque heure passée devant la télévision augmente la quantité de calories ingérées, soit 167 calories supplémentaires par jour.
De plus, l’équilibre alimentaire est perturbé, puisque cette alimentation comprend alors plus d’aliments vantés par la publicité véhiculée par ce petit écran: il s’agit d’aliments très denses en calories et très pauvres en nutriments tels que les vitamines, les antioxydants ou les oligo-éléments. Il est recommandé de limiter l’écoute de télévision à deux heures par jour.
Grignoter entre les repas 4
La prise d’aliments en dehors des repas structurés sous la forme de grignotage constitue un facteur de risque de surconsommation énergétique, de déséquilibre alimentaire et, à terme, de surpoids. Manger sur le pouce peut nous faire prendre du poids à cause de la distraction associée à cette activité et du type d’aliments de malbouffe choisi. La distraction nous empêche de reconnaître nos signaux de satiété et de les écouter. Écouter ses signaux, c’est aussi apprendre à différencier une vraie faim provenant de signaux biologiques de la gourmandise, guidée par la recherche de plaisir hédonique.
La tendance actuelle consiste à remplacer le repas du midi par des collations… pas toujours équilibrées et santé. Il faut différencier toutefois entre prendre une collation santé faite d’aliments frais tels que fruits, noix, produits laitiers, et grignoter des aliments peu nutritifs de malbouffe denses en énergie, en gras et en sucres et faibles en fibres et en protéines.
En général, les grignoteurs ont une légère préférence pour les produits sucrés. On grignote pour le plaisir (76%), parce qu’on a l’impression d’avoir un petit creux (68%), par gourmandise (56%) ou pour prendre des forces (47%). Attention, un consommateur sur trois grignote à cause du stress.
Manger de la malbouffe dans les chaînes de restauration rapide plus d’une fois par semaine 5 6 7
La fréquence de consommation de repas dans les chaînes de restauration rapide pourrait être un facteur de risque d’obésité. Les consommateurs réguliers de malbouffe mangent plus de gras, de sucres et moins de fruits et de légumes autres que les patates, comparativement aux jeunes qui ne mangent pas de malbouffe.
La fréquence des visites dans les chaînes de restauration rapide est associé à une plus grande consommation de boissons gazeuses, pizzas, hamburgers, patates frites. Ils consomment aussi 187 calories de plus par jour. Cela se traduit par une prise de poids de plusieurs livres lorsque ce comportement est répété plus d’une fois par semaine.
Les résultats de cette étude montrent l’évidence que la consommation régulière de malbouffe dans les chaînes de restauration rapide contribue à la surconsommation calorique et à l’obésité des enfants.
Le cas particulier de la consommation de malbouffe dans les arénas
Quand un enfant fréquente un aréna pour y pratiquer un sport, on pourrait s’attendre à y trouver une offre d’aliments santé adaptée pour les sportifs. Pourtant, la plupart du temps, on n’y trouve que de la malbouffe telle que poutines, hot-dogs, pogos, croustilles et chocolat. C’est un paradoxe étonnant.
Certaines arénas au Québec gérées par les municipalités ont procédé à un virage santé. En 2007, Lac-Etchemin a été la première municipalité à doter son aréna d’un service alimentaire santé. Dans une lettre, le coordonnateur du projet me remerciait pour mon rôle de courroie de transmission. En effet, à leur demande, j’avais guidé les intervenants dans leurs démarches, et je leur avais trouvé un concessionnaire santé, avec qui j’avais déterminé l’offre santé.
Cette année, presque toutes les arénas qui avaient fait un virage santé retournent à la malbouffe. 8 9 Comme je le mentionnais dans mon billet sur les obstacles à l’alimentation santé, du point de vue du respect des choix individuels, le plus important n’est pas tant d’interdire la malbouffe, mais bien d’avoir une offre adéquate d’aliments sains intéressants à un prix concurrentiel, ce qui est rarement le cas, sauf dans les arénas où il y a une politique alimentaire santé.
L’équilibre des repas est souvent responsable de la détérioration de nos habitudes alimentaires, selon où, quand et comment nos choix de consommation d’aliments se font.
Source: Chaire de recherche sur l’obésité de l’Université Laval
1 Rampersaud GC, Pereira MA, Girard BL, Adams J, Metzl JD. Breakfast habits, nutritional status, body weight, and academic performance in children and adolescents. J Am Diet Assoc. 2005, May; 105(5): 743-60. ↩
2 When Children Eat What They Watch Impact of Television Viewing on Dietary Intake in Youth. Arch Pediatr Adolesc Med. 2006; 160: 436-442. ↩
3 Swinburn B, Shelly A. Effects of TV time and other sedentary pursuits. Int J Obes (Lond). 2008, Dec; 32, Suppl 7: S132-6. ↩
4 Piernas C, Popkin BM. Food Portion Patterns and Trends among U.S. Children and the Relationship to Total Eating Occasion Size 1977–2006. J. Nutr. April 27, 2011 jn.111.138727. ↩
5 Fast Food Linked To Child Obesity, CBC, February 11, 2009. ↩
6 Brownell KD. Fast Food and Obesity in Children. Commentary. Pediatrics 2004; 113: 1132. ↩
7 Bowman SA, Gortmaker SL, Ebbeling CB, Pereira MA, Ludwig DS. Effects of fast-food consumption on energy intake and diet quality among children in a national household survey. Pediatrics. 2003; 113: 112– 118. ↩
8 La malbouffe est de retour dans les arénas de Gatineau. Radio-Canada, 30 janvier 2012. ↩
9 Restauration dans les arénas: les friteuses reviendront à Québec. Le Soleil, 14 sept. 2011. ↩
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Publié le 17 mars 2012 | Par Carmelle David
Cher Docteur Boisvert,
Je ne peux qu’approuver la connaissance diffusée dans votre article parce que tous les éléments que vous évoquez en matière d’habitudes de vie ont un lien fort avec la gestion du poids corporel.
Publié le 17 mars 2012 | Par Carmelle David
Je ne peux qu’approuver la connaissance diffusée dans votre article parce que tout que vous communiquez en matière d’abitudes de vie ont un lien fort avec la gestion du poids corporelle.
Publié le 2 mars 2012 | Par Paul Boisvert
Les diabétiques et ceux qui souffrent du syndrome métabolique doivent faire attention à la charge glycémique plutôt qu’à l’indice glycémique pour mieux gérer la sécrétion et l’utilisation d’insuline. La charge glycémique résulte de l’indice X quantité. Donc, ce n’est pas tant de se priver des aliments à haut indice glycémique (pain, pâtes, patates), c’est surtout d’en prendre des portions très modérées. Je me fais par ailleurs le grand défenseur des carottes cuites. Quand les tenants de l’indice glycémique proposent d’éviter les carottes cuites, là je m’insurge, car compte tenu de la valeur nutritive de ce légume, ce n’est pas raisonnable de faire de telles recommandations sur cet aliment en particulier.
Publié le 2 mars 2012 | Par Michèle Desrochers
Merci Dr Boisvert pour votre réponse très claire et rapide.
Le livre du Dr Strand décrit dans les mêmes termes le syndrome métabolique et ses conséquences. Mais je comprends que la solution qu’il propose n’est pas appropriée, à savoir couper les aliments à indice glycémique élevé pour 12 à 14 semaines, pour rompre le phénomène d’insulinorésistance.
Je ferai quand même attention à ce type d’aliments, en en mangeant moins fréquemment et espérant que ça donnera le résultat attendu. Je voudrais donc me débarrasser de ces 10 kilos qui me «pèsent» toujours!
Meilleures salutations.
Publié le 1 mars 2012 | Par Paul Boisvert
Madame Desrosiers, tout d’abord félicitations pour les efforts que vous mettez à conserver des habitudes de vie saines pour réduire votre poids. Je n’ai pas lu le livre du Dr Strand sur le syndrome métabolique, ni même en ai entendu parlé. Le syndrome métabolique est caractérisé par de l’embonpoint, des triglycérides élevés, une glycémie élevée des HDL bas et une tension artérielle élevée. On note aussi de la résistance à l’insuline. Ce sont des facteurs de risque qui mettent la table pour déclencher éventuellement du diabète et des maladies cardiovasculaires. L’observance des trois facteurs suivants, activité physique, alimentation saine et perte de poids, peuvent prévenir le syndrome métabolique ou du moins en prévenir les conséquences. Si la perte de poids est difficile, concentrez-vous sur le maintient du poids que vous avez en ce moment ou celui que vous aviez il y a 3 ans. Du point de vue nutritionnel, la diète méditerranéenne est toute indiquée. Plus précisément vous devriez respecter les règles suivantes:
- réduire l’apport calorique en diminuant la taille des portions (bénéfique même si aucun poids n’est perdu);(ce que vous faites déjà)
- Adopter un régime riche en fibres alimentaires, faibles en gras saturés et pauvres en aliments à index glycémique élevé;
- privilégier les gras polyinsaturés de type oméga-3 (saumon, sardine, graines de lin, noix, etc.) ou monoinsaturés de type oméga-9 (huile d’olive, olives, avocat, huile de canola, etc.);
- choisir des aliments à «faible densité énergétique», c’est-à-dire qui contiennent relativement peu de calories par rapport à leur volume (par exemple, prendre une soupe, une salade ou des crudités en entrée, manger suffisamment de fruits et de légumes, etc.);
- limiter la consommation de sel (surtout dans les mets transformés);
- éliminer le sucre raffiné sous forme de boissons sucrées.
Pour ce qui est de limiter les hydrates de carbone (pain, pâtes, patates) afin de diminuer la charge glycémique des repas, cela peut être bénéfique pour la perte de poids, mais pas dans une démarche à long terme. Je conseille plutôt d’éviter les grandes portions de pâtes dans les assiettes par exemple.
Une autre façon de faire est de manger 3 repas modérés et 2 collations santé.
Bonne chance dans votre démarche
Paul
Publié le 1 mars 2012 | Par Michèle Desrochers
Que pensez-vous du livre du Dr Ray D. Strand à propos du syndrome métabolique?
J’ai lu ce livre et il me semblait y avoir trouvé l’explication au fait que j’ai du mal à contrôler mon poids.
J’ai 60 ans. J’ai toujours eu du mal à contrôler mon poids, depuis l’âge de la puberté. Après 2 grossesses, je pesais 197 lbs! J’ai suivi un régime à 1200 calories et entrepris un programme d’exercice: course à pied et tennis. En une année et demie, mon poids a baissé progressivement jusqu’à 130 lbs. Un grand bonheur pour une dizaine d’années. Puis, j’ai commencé à reprendre quelques livres par année, si bien qu’à 56 ans, je pesais 178 lbs.
J’ai compris que je mangeais de trop grosses portions, même si mon alimentation était de bonne qualité,en termes de fruits, légumes, fibres. J’ai donc réduit considérablement mes portions et, surtout, j’ai repris conscience du signal de satiété. Je continue de pratiquer de l’exercice régulièrement: diverses activités sportives et musculation, en moyenne 3-4 fois par semaine. Un an après cette prise de conscience, mon poids a baissé à 158 lbs.
Mais aujourd’hui, 3 ans plus tard, malgré le maintien des habitudes alimentaires et de l’exercice régulier, je suis remontée à 168 lb et je crains que cette ascension continue.
Selon le Dr Strand, si on est en syndrome métabolique, on ne peut pas perdre de poids, même en se privant sérieusement. Est-ce vrai?
Sa solution me parait drastique: couper toutes les céréales, pain, même complet, pâtes, riz, etc. Comme je suis végétarienne, ce régime m’apparaît très difficile à suivre.
Qu’en pensez-vous?